Jérôme SANS: Que signifie Tanc ? D’où vient ce nom ?
TANC: Le mot Tanc ne signifie, pour moi, que ma personne. Il n’est que l’abréviation de mon prénom: Tancrède. Cependant, si on fait une recherche sur Internet pour TANC, on trouve la définition: Théorie algorithmique des nombres pour la cryptologie. L’idée que mon nom soit associé à un projet de cryptage est très intéressante car mon travail à été basé sur “l’aboutissement du nom dans son abstraction”. En gros, que la forme du logo ou que la gestuelle du trait suffise à reconnaître mon nom dont les lettres auraient disparu.
Jérôme SANS: Comment définissez vous votre travail ?
TANC: Mon travail est une recherche sur la synthèse. D’abord de mon nom, puis de celle des tags en général, puis des personnes, de la musique, et pour finir de mon sujet préféré: la vie. Essentiellement basé sur le trait, mon travail ne cherche pas à être parfait mais plutôt spontané. C’est l’état dans lequel je suis qui va définir sa densité et sa rigueur. Mon rythme cardiaque actionne mon bras à la manière d’un métronome, je ne dois pas essayer de contrôler ce flux mais juste de comprendre la composition qu’il fait apparaitre, en équilibre entre mon conscient et mon inconscient.
Jérôme SANS: La rue est un endroit récurrent pour vos interventions artistiques ? Pourquoi choisir cet espace pour vos œuvres ?
TANC: J’ai choisi la rue car c’est le seul musée où je vais tous les jours. Mélange d’architecture de graphisme de mode. Il est le plus riche en contenu, et en plus il est gratuit. J’essaye par la rue d’être le plus accessible possible.
Jérôme SANS: Quelle est votre relation avec le Street Art et son histoire des années 70 à aujourd’hui ?
TANC: Je suis né dans les années 70. Donc j’ai grandi avec le Street Art. Cela m’a tout de suite intéressé, mais j’ai pris mon temps pour m’y mettre. Je voulais me démarquer. Le résultat, à mes yeux, était bien plus important que l’action. Avec le temps, je finirai par changer d’avis, il ne faut jamais oublier que le Street Art est un art éphémère.
Jérôme SANS: Aujourd’hui, que signifie pour vous intervenir dans la rue ?
TANC: Rester libre ! Pouvoir intervenir où je le désire et fuir parfois l’enfermement d’une salle d’exposition trop exiguë.
Jérôme SANS: Qu’envisagez-vous avec l’insertion des œuvres issues de l’abstraction géométrique dans la réalité concrète de l’espace ?
TANC: L’espace dans mon travail sert au mieux à immiscer le spectateur dans l’oeuvre. Il doit être le plus neutre possible. À l’image de “16issant”, l’oeuvre que j’ai projeté sur la muraille de Philippe Auguste lors de la Nuit Blanche 2007, je préfère que l’oeuvre soit visible sur l’ensemble des murs, cela laisse au spectateur plus de facilité à plonger dans mon univers.
Jérôme SANS: Faites-vous référence à la philosophie des pères de l’art abstrait, notamment de l’art concret qui se voulait présent dans la vie de tous les jours ?
TANC: Sur certains points oui, mais à l’encontre de l’art concret je considère ma peinture comme abstraite. Elle me semble plus proche de l’expressionnisme abstrait et de l’”action painting”.
Jérôme SANS: Quelle est la réaction des personnes face à vos œuvres dans l’espace public?
TANC: En général, je ne m’y intéresse pas. Elle est d’ailleurs le plus souvent bonne, ce qui ne me fait pas avancer. La critique est, je trouve, plus constructive. La réaction que provoquent les tags est pour moi très intéressante. L’idée que l’action soit plus importante que le résultat, de ne pas savoir si l’auteur est un terroriste ou un héro, un vandale ou un artiste, cette idée me plait.
Jérôme SANS: Comment vous inscrivez-vous dans l’histoire de l’abstraction géométrique ?
TANC: Je ne pense pas m’inscrire dans “l’histoire” de l’abstraction géométrique car pour moi elle s’est terminée dans les années 60. Alors oui, j’en ai été forcément et fortement influencé, mais laissons le passé où il est, et regardons plutôt vers l’avenir!
Jérôme SANS: Quelles sont vos références dans l’art contemporain ?
TANC: Comme je l’ai dit plus haut, quasiment tous les expressionnismes abstraits comme Rothko, Pollock, Newman, Reinhardt, Hartung et surtout Franz Kline, mais aussi Malevitch, Klein, Soulages et Lee U-fan pour ne citer qu’eux.
Jérôme SANS: Quels sont les artistes actuels dont vous vous sentez proche ?
TANC: Question difficile. J’ai du mal à me sentir proche de quelqu’un si je ne le connais pas personnellement. Alors je devrais dire ZEVS, L’Atlas, Yaze… mais je vais plutôt parler de ceux qui m’ont le plus interpellé ces derniers temps comme Bernard Frize pour sa peinture proche de l’aérosol, George Rousse pour sa facilité à s’approprier des espaces gigantesques, Dan Flavin ou encore Richard Box pour leurs installations lumineuses. Mais rien ne m’a plus touché que la “Dream Machine” de Brion Gysin, même si elle est plus contemporaine qu’actuelle.
Jérôme SANS: Que signifie pour vous les différents médiums que vous employez (la lumière, la peinture, la craie…) dans un registre toujours abstrait?
TANC: Cela signifie que tout est permis ! Qu’il n’y a pas de media plus noble qu’un autre. Que l’on peut faire de l’art n’importe où, avec n’importe quoi.
Jérôme SANS: Vous êtes musicien et artiste :Y a-t-il une relation entre ces deux pratiques ?
TANC: Au début, je ne la voyais pas. J’ai produit ma musique bien plus tard que ma peinture. La musique m’avait toujours attiré, mais n’ayant aucune base de solfège, j’ai dû attendre de tomber sur les bonnes machines pour réellement m’exprimer. Aujourd’hui, le lien est constant par mon mode de vie (entre mon atelier, ceux de mes amis et les clubs et afters où je côtoie d’autre DJ’S) et par la forme qu’a prise ma peinture, comme dans mon exposition “Variations” au Studio 55 où mon geste oscille entre la précision de la répétition et la violence de la spontanéité.
Jérôme SANS: Comment définissez-vous votre musique ?
TANC: Elle est expérimentale. Elle navigue entre une musique électronique minimale “dansante” et de longues balades ambiantes. En concert, elle est comme ma peinture: spontanée.
Jérôme SANS: Est-ce que les formes géométriques et colorées suivent les pulsions de la musique ? Etait-ce le cas dans par exemple« 16issant » ?
TANC: Cela dépend de l’oeuvre. C’était le cas pour “16issant”, où l’oeuvre visuelle était synchronisée avec la musique. Cela ne l’était pas pour “TNT” et “Variations” où la musique était figée par la peinture.
Jérôme SANS: Quels sont vos projets futurs ?
TANC: Continuer mes recherches sur la forme, le trait, la couleur et la musique à l’aide de médias différents. Je compte aussi concevoir des systèmes électroniques pour synchroniser des néons et des lumières à mes boites à rythmes et synthétiseurs, afin de faire correspondre des couleurs à des sons et de créer ainsi des “peintures” sonores.
avril 17th, 2008 by admin


